Les assos ne vont pas bien. Les financements sont de plus en plus en plus faibles. Et cette préoccupation vient teinter tous les enjeux d’organisation interne. Si tu es engagé⋅e dans une asso, tu le sais, tu le vis : on n’est pas dans un secteur marchand mais on est obligés de penser à l’argent, programmer des actions sans savoir si elles pourront être financées etc.
Il y a deux ans, j’écrivais cet article sur le projet. Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est loin d’être suffisant, que le contexte a changé. Se détacher du projet est un luxe. Pour faire financer ses activités, répondre à un appel à projet est parfois la seule option tenable.
Alors comment faire quand on est dans cette situation ? Y aller, oui. Mais quelles pistes pour ne pas subir et affaiblir son association ?
(Je me concentre sur les appels à projet (AAP). Mais ces conseils fonctionnent pour tout type de recherche de financement)
🦜 Replacer l’AAP comme un moyen et non pas une fin
Répondre à des appels à projets est devenu un des principaux moyens de faire financer les activités en association. Les politiques publiques passent par ce système automatisé, censé rendre objectif l’allocation des subventions. On parle de pilotage à distance, et ça n’a rien d’objectif ou de neutre. C’est ce qu’on appelle le « pilotage à distance » des politiques publiques – et évidemment, cette approche n’a rien de neutre
Alors pour ne pas se laisser piloter et perdre le sens de nos actions, il y a un enjeu à bien déterminer en amont ce qu’on souhaite. Ensuite vient la recherche de financement.
Pour certain⋅es ça peut paraître évident, pour d’autre, c’est compliqué à envisager. Car les ressources des appels à projets ne sont pas infinies.
🧭 Gouvernance et rôle des dirigeant⋅es
Que la gouvernance soit horizontale, ou bien hiérarchique, c’est bien son rôle de politiser cette question de la recherche de financement. C’est-à-dire que les personnes administratrices et/ou dirigeantes sont là pour questionner et aider à définir le cap.
- Financement publics ou privés ?
- D’où vient l’argent qu’on sollicite ? Est-on prêt à l’assumer ?
- Quel sens donne-t-on à ce choix ?
Un écueil à éviter : déléguer ces choix aux personnes sur le terrain, au plus petit échelon. C’est d’ailleurs fait parfois sous prétexte d’horizontalité et de partage des pouvoirs. Un bon moyen de se décharger d’une responsabilité, et de créer de la culpabilité dans des équipes déjà surchargées.
🗺️ En faire une affaire collective, ne pas rester seule
Plus que jamais, il s’agit de s’organiser. Ne pas laisser la recherche de financement reposer sur une seule personne.
On peut ainsi échanger, en amont sur les questions suivantes :
- Quelles émotions est-ce-que ça crée pour chaque personne ?
- Quelles conséquences, implications voit-on ? Pour soi ? Pour le collectif ?
- Quels aménagements pourraient être faits pour prendre tout ça en compte ?
L’enjeu ici est vraiment de se protéger en tant que groupe, de prévenir les risques d’épuisement.
Pour autant, le pilotage d’un appel à projet peut être délégué à une personne qui en a le temps. Mais en s’assurant que le reste de l’équipe soit suffisamment au courant, pour pouvoir aider si besoin.
🏴☠️ Questionner les modes d’évaluation et leurs indicateurs
Évaluer nos actions, ça peut être une opportunité. C’est un mérite des appels à projet : ils contraignent à prendre du recul, de mesurer l’efficacité des actions. Ça peut permettre de se rendre compte qu’on s’est planté (et c’est OK !). Ou au contraire célébrer quelques réussites d’une action qu’on a menée.
Le souci est souvent dans les modes d’évaluation qui sont proposés (voire imposés). Alors ça mérite aussi de réfléchir aux indicateurs :
- de quels indicateurs a-t-on besoin en tant que collectif pour savoir si on est satisfaits ?
- lesquels sont là pour le financeur uniquement ? ➔ les faire sérieusement mais sans y mettre trop d’enjeux. Et en étant transparent auprès des personnes sollicitées (bénéficiaires, usagers, participants etc.) sur le fait que ça répond à un besoin financier
🏝️ Se serrer les coudes en associations
Le système des appels à projets repose sur la mise en concurrence des associations. Une logique qui nourrit la rivalité et le repli sur soi, là où la baisse des ressources devrait au contraire nous pousser à coopérer et à faire front commun.
Alors, organisons-nous avec les structures alliées et proches de nos actions ! Partageons nos astuces (et nos filouteries de pirates), répartissons-nous les missions, coordonnons nos réponses.
